Nouvelle Gazette Stéphanie Bocart Publié le samedi 04 janvier 2014 à 05h40 - Mis à jour le dimanche 05 janvier 2014 à 08h21
Belgique L’ULg a étudié les habiletés prédisposant à apprendre les langues.

Entre 2006-2007 et 2011-2012, le nombre d’élèves inscrits dans l’enseignement secondaire en immersion (néerlandais, anglais ou allemand) a pratiquement triplé, passant de 3 300 à 9 853 élèves, selon les Indicateurs 2013 de l’Enseignement. Au niveau du fondamental (maternel et primaire), les effectifs ont gonflé de 7 553 élèves en 2006-2007 à 14 455 en 2010-2011, selon les Indicateurs 2012.

Pour mémoire, l’apprentissage par immersion tient en l’organisation d’une partie des cours et activités pédagogiques dans une langue moderne autre que le français. Il démarre, au niveau fondamental, en 3e maternelle, en 1ère ou en 3e primaire, et, dans le secondaire, en 1ère ou en 3e année.
Aujourd’hui, de plus en plus de parents choisissent d’inscrire leur enfant en immersion afin qu’il soit, dès le plus jeune âge, en contact avec une langue étrangère, surtout le néerlandais. Car pour trouver un emploi, il est désormais quasi indispensable de pratiquer une, voire plusieurs langues.

"A l’heure actuelle, il est bien démontré que plus tôt on apprend une langue, mieux on la maîtrise , indique Martine Poncelet, responsable de l’Unité de neuropsychologie du langage et des apprentissages au sein du département de Psychologie : cognition & comportement de l’Université de Liège (ULg). D’ailleurs, en général, les très bons bilingues (lire ci-contre), ce qu’on appelle des ‘bilingues précoces’, ont appris les langues très rapidement."
Si aujourd’hui il y a de multiples façons d’apprendre une seconde langue (séjours à l’étranger, cours interactifs, hypnose,…), "pour moi, la plus favorable, c’est l’immersion (il y a d’ailleurs vraiment trop peu d’écoles en immersion, surtout en anglais)", affirme Mme Poncelet. Et plus particulièrement l’immersion bilingue scolaire précoce, c’est-à-dire les enfants qui apprennent à l’école deux langues en même temps dès 3 ans.

L’immersion pour tous

Depuis un certain nombre d’années, l’ULg mène des recherches sur l’immersion bilingue scolaire précoce. "D’un point de vue philosophique, nous défendons très fort l’idée que tout enfant a droit à ce type d’enseignement , déclare la chercheuse. Les enfants qui sont un peu plus en difficulté doivent être aidés davantage, mais comme on les aide dans un enseignement non immersif . Au départ de l’immersion , reprend-elle, on avait tendance à n’y mettre que les très bons élèves - les enfants qui avaient appris à parler très facilement, se montraient doués en raisonnements, etc. - ou ceux dont les parents parlaient déjà une autre langue, étaient d’un niveau socio-économique plus aisé, etc. Aujourd’hui, ça n’est plus vrai et c’est vraiment bien comme ça."
Diverses études ont en effet montré que "même des enfants qui pouvaient avoir certaines difficultés d’apprentissage (dysphasie, dyslexie…) - qui en tout cas ne les prédisposent pas à réussir en immersion -, s’en sortent quand même" , relaye Mme Poncelet. Et de souligner que l’immersion bilingue est une situation "extrêmement particulière" puisqu’au départ, l’enfant ne parle pas du tout la seconde langue et est donc logé à la même enseigne que ses camarades.
Au travers d’une étude publiée en 2013 dans le "Journal of Experimental Child Psychology", Martine Poncelet et sa collègue Anne-Catherine Nicolay ont cherché "à voir quels sont les prédicteurs d’une bonne adaptation des enfants dans les écoles en immersion bilingue" , et ce dans le but "de pouvoir aider les enfants qui n’ont pas ces habiletés précoces" .

"Pas bilingue en six ans"

Parmi ces prédicteurs, il y a la mémoire verbale à court terme. "Cela veut dire qu’un enfant qui sera très facilement capable de répéter des mots qui n’existent pas mais qui sont assez longs, donc qui nécessitent de maintenir des syllabes en mémoire , explique Mme Poncelet, aura déjà une bonne avance pour apprendre une langue étrangère." Il y a aussi la discrimination auditive, c’est-à-dire la capacité cognitive de bien distinguer les sons. "L’autre aspect, très spécifique de la situation scolaire de l’immersion bilingue, ce sont les capacités attentionnelles et exécutives." Comme l’attention sélective auditive, soit la capacité à porter son attention sur un type d’information particulier à un moment donné.
Souvent, les parents s’imaginent que leur enfant saura parfaitement parler une seconde langue à 12 ans. "Mais ce n’est pas en six ans d’immersion que l’on devient un parfait bilingue" , prévient Martine Poncelet, qui encourage dès lors vivement à poursuivre l’immersion en secondaire, faire des voyages, etc.St. Bo.

Souvent, les parents s’imaginent que leur enfant saura parfaitement parler une seconde langue à 12 ans. "Mais ce n’est pas en six ans d’immersion que l’on devient un parfait bilingue", prévient Martine Poncelet, qui encourage dès lors vivement à poursuivre l’immersion en secondaire, faire des voyages, etc.